Nous reprenons la route vers le Nord...les forêts de Cèdres d’Azrou nous attendent...Au cours d’un campement près de  Béni-Mellal, nous faisons la rencontre de Mohamed, élevant sa fille de 5 ans avec ses parents, sa femme étant partie travailler en Espagne...Situation plutôt difficile...Il préfèrerait biensûr pouvoir subvenir aux besoins de sa petite famille, pour qu’elle soit enfin réunie...Mais il n’y a pas de travail au Maroc...Comme j’étais en train de préparer un tagine au feu de bois et que nous lui faisions part de notre envie de développer le four solaire, évitant ainsi déforestation et dur labeur pour les femmes ployant sous les poids des fagots, l’idée est naturellement venue de l’intégrer à ce projet... Ainsi, Inch’Allah!, nous lui amènerons à la fin de l ‘année un prototype qu’il pourra réaliser avec des matériaux de récupération...de quoi travailler peut-être...Nous discutions, échangeant nos idées...Le soleil s’était couché et le feu crépitait quand mon attention fut soudain attirée par de très jolis chants d’oiseaux, semblant se répondre...Je demandai à Mohamed quel pouvait être cet oiseau qui chante la nuit...Il eut un large sourire...et se mit à siffler de la même façon....« C’est mon oncle et son fils qui se parlent... Au sujet du troupeau...» me dit-il...Ce fût un véritable enchantement que cette conversation berbère sifflée sous le ciel étoilée…

De nouveau sur la route, nous découvrons les grandes forêts du Nord...Arrivés à Azrou, il nous faut faire un peu de ravitaillement...un homme ayant remarqué les piliers de khaîma sur le toit du camion accoste Alain: « Hé bonjour mon ami, tu es nomade! Berbère! Moi aussi je suis berbère... » S’en est suivi une longue conversation, sur tout et rien...son métier d’instituteur...ses malaises incurables...lorsqu’ensuite il nous apprend qu’il tient également avec son frère un dépôt de tapis du Moyen-Atlas, nous lui demandons de voir...il nous faut de quoi garnir yourte et tente...et il reste un peu de place dans le camion...Les tapis sont tous plus beaux les uns que les autres...de véritables petits bijoux, en pur laine de mouton, d’un tissage très fin et de belles couleurs végétales...difficile de faire un choix...nous en prenons douzaine…

Le camion est à présent bien chargé et il ne reste plus beaucoup de place à l’arrière pour Mila...Il nous faut à présent prendre véritablement le chemin du retour pour décharger...Nous traversons donc rapidement le Nord, qui après l’Atlas, nous apparaît d’ailleurs très européen...les maisons, les routes, les voitures, les vêtements...le Nord affiche ses richesses...Nous découvrons finalement le Rif, la montagne verte à l’herbe rieuse, où les routes sont aussi défoncées que la population!..c’est tout de même très surprenant de voir de vastes cultures de cannabis en pleins champs, où les femmes travaillent tout naturellement...

 

A présent nous nous préparons à quitter ce pays...Il va bientôt y faire très chaud et nous devons faire délester le camion..direction la France, en remontant l’Espagne... Nous avons un pincement au cœur... mais nous savons que nous reviendrons, car nous laissons derrière nous des routes oubliées et des rencontres inachevées...Au-revoir le Maroc!... et merci de nous avoir permis de vivre cette merveilleuse expérience nomade:  faire un feu pour manger, s’arrêter pour dormir, laver le linge à la rivière, tout cela est facile et normal ici...il n’y a ni barrières ni clôtures...c’est un pays de liberté...même si les Marocains y sont enfermés!..Nous nous souviendrons de leurs sourires, de la fraternité de leur accueil, de la simplicité de la vie et du bonheur facile...Il y a bien sûr quelques blessures, comme le harcèlement des enfants et la vue de tous ces déchets...les plages souillées, les décharges à ciel ouvert aux abords des villes, les ravins dégoulinants d’ordures, les lits de rivière servant de poubelles autonettoyantes, souillant cette eau pourtant si précieuse dans un pays en cours de désertification...Mais les Marocains ont cette spontanéité infantile de se débarrasser de ce qui les encombre dans le premier petit coin venu...Ils vivent aux présent...Pourquoi se soucier d’un lendemain qui n’est pas sûr d’exister? C’est une vision très différente de celle des Européens, loin du contrôle et de la prévoyance...Tout ce qui est de l’ordre du futur ne peut être qu’incertain...un marocain ne donnera jamais sa parole mais se contentera de répondre « inch’allah », sans réel engagement, nous rappelant aussi par là que s’il est bon d’avoir des objectifs et d’essayer de les atteindre, il ne faut pas y enfermer son esprit mais savoir lâcher-prise...Ne pas attendre demain ou plus pour vivre...Toujours croire en la Vie, avoir Confiance, savoir discerner les Signes et les suivre…

Lac de Ben-El-Ouidane, près de Beni-Mellal

La Khaïma de Merzouga, montée à Ouzoud

Chevauchée sur un chêne-liège, à Chefchaouen

La côte du Rif...la Méditérannée nuageuse...

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